c’est un homme qui a fait vœux de pauvreté
de chasteté et d’obéissance
c’est un frère un père un grand moine de verre
un bouquetin un choucas en nuages
un ruisseau de montagne un bénédictin
un griot d’Afrique un loup solitaire et qui a l’élégance
des porcelaines allemandes du XVIIIe sièclelaisse-moi brosser les feuilles mortes de
tes allées en crinières de chevaldebout à la proue du navire
les yeux jetés en avant des vagues ils scrutent l’avenirc’est un champ de sable brûlant qui s’étend devant nous
quelques croix de Malte dispersées aux quatre vents
et trois pommiers de Sodome solitaires
une famille de scorpions en abri sous
quelques arbustes d’euphorbe
au loin une petite armée de baobabs-chacals et
ce soleil assoiffant assourdissant qui écrase le cerveau et
brise la nuque des colonnes d’air chaud
des images qui renversent les sens
des couleurs qui serpentent sur la rétine
cheveux de sang collés aux tempestrois petits pois trottinent dans le creux de mon chou rouge
la soirée est poisseuse l’air épais
assis tout au long de la journée sur ma chaise blanche
j’ai les fesses et les mollets tout écrasés
le cerveau manque d’air
j’ai les chevilles qui enflent
je vais donc me lever et attendre que le monde se paralyse
qu’il se fige enfin alors seulement
je fermerai les yeux et
me mettrai à courirles allumettes que tu frottes tel un jeune Prométhée
te mangent les mains
au bout de tes doigts les mots se détachent et
des formes géométriques simples se déposent
à tes pieds tu effaces le silence de l’espace
en inscrivant à la pointe de tes aiguilles les noms
de tous ces êtres qui ont réussi à se hisser sur
la pointe des pieds un jour une heure quelques minutes
pour observer au delà d’eux-mêmes
en oubliant qui ils étaient et
qui ont vu leur visage dans celui des autresil agit en spirales et en rafales
il produit l’espace et fait hurler le vent
il crache le temps
creuse les joues et affame les ventres
il fait danser les arbres
voler les aigles et jaillir les geysers
il est le centre et la circonférence
l’alpha et le centaure
il est le début et la suite le cercle et le triangle
il n’a pas d’ombre il est sans nombre
la dé-mesure est sa taille l’alphabet de sa langue
il est le haut et le encore plus haut
il est les quatre directions les huit souffles les douze lumières
il est l’horizon et le lointain
il est là-bas et ici
il est moi aussiqui sommes-nous
acrobate chien fou adolescence
tes lignes sont des flèches
tes plaines sont des torrents
tes forêts vierges peuplent
ce que tu imagines être des déserts
cette abondance ce fort vent cette altitude
tes hauts plateauxoui dresse-toi
dresse droit devant
dresse-le haut au vent
ton totem ton cœur ta boussoleta marche est courageuse
on voit apparaître ton tracépourquoi me suis-je enfui comme cela
pourquoi avoir tout abandonné de la sorte
je ne suis plus que fosse d’argent et de nuages
un champ de cierges éteints
les membres croisés immobile
je n’ai plus que les pommettes qui frissonnent
l’édifice est déserté le jardin abandonnéles oiseaux et les papillons de nuit feront
de ce terrain vague une fête dans l’obscurité
figé dans mon mutisme je laisserai
un feu brûler et consumer tendrement le passé
les souvenirs et les regrets
les creux au ventre et les bosses au front
des torches éclaireront mes voutes et
petit à petit j’apprendrai à discerner
dans ce froid de moins en moins inquiet
les signes d’une renaissance
de nouvelles feuilles apparaîtront
des fleurs aussi
des effluves d’eucalyptus m’ennivrerontje serai à nouveau fou d’oiseaux
lumière des corps soufflée sur nous
offerte à la sortie de l’utérus
peut-être bien avantnostalgie de la lumière avec St. Augustin
la lumière appelle la lumièreTurner peintre des lumières
mais surtout Turner peintre des incendies
Turner encore qui sur son lit de mort susurre
the Sun is Godpour toujours le miel et l’or
le chamanisme et l’alchimiela chimie égyptienne
cet art des transformations
des alliages des émaux
des baumes et des parfumspour être ébloui aveuglé
trouver un cheminement phosphorescent
avancer et inscrire nos images dans le magnésiumc’est gavé de pulpes et de jus de fruits
que j’évolue dans le monde maintenant
un grand arbre fruitier s’élance
de la plante de mes pieds pour
parcourir dans toute sa longueur
l’espace de mon jardin intérieur
du patio à la fontaine de pierre
la chair de mon corps n’est plus ce caoutchouc blanc et collant
cette peau marécageuse et farineuse
mais une fine structure de bulles et de couleurs
aux senteurs de goyave d’orange
et de citron vertaccompagnent cette transformation
les parfums de lumière les odeurs de la terre et
les arbres en pluies d’averses au cœur de l’étéen bordure de cet acte magique
tournent en soleils fous
des nuées de colibris-bijoux et
des essaims d’abeilles
tous exaltés par cette révolte de nature qui
pulse en batteries de vie et en écailles de joie